Les Quatre Nobles Vérités

Les Quatre Nobles Vérités constituent le fondement de la pensée et de la pratique bouddhistes. Elles furent énoncées par le Bouddha au cours du premier sermon qu’il prononça après avoir atteint l’éveil : le sermon de Bénarès.

1ère Noble Vérité : tout est souffrance (Dukkha)

L’énoncé par le Bouddha de la première Noble Vérité est le suivant :

« Voici, ô moines, la Noble Vérité sur la souffrance. La naissance est souffrance. La vieillesse est souffrance. La maladie est souffrance. La mort est souffrance. Le chagrin, la douleur, la tristesse et le désespoir sont souffrance. Être uni à ce que l’on déteste est souffrance. Être séparé de ce que l’on aime est souffrance. Ne pas obtenir ce que l’on désire est souffrance. En un mot, l’attachement aux cinq agrégats est souffrance.»

Cette première Noble Vérité est souvent synthétisée par la formule « Tout est souffrance ». Le mot souffrance est ici la traduction du mot pali dukkha. Or dukkha revêt un sens plus large que ce que l’on entend par souffrance, cela signifie aussi mal-être, insatisfaction, anxiété etc… Classiquement dans le bouddhisme, dukkha est présenté sous trois angles distincts et complémentaires :

– La souffrance “ordinaire”
– La souffrance liée à l’impermanence
– La souffrance liée à l’état conditionné

Nous allons reprendre chacun de ces trois aspects afin de comprendre le sens de cette formule « Tout est dukkha ».

La souffrance “ordinaire”

Dans la première partie de l’énoncé de cette Noble Vérité, le Bouddha décrit des situations qui sont des causes de souffrance : la naissance, la maladie, la séparation avec ceux que l’on aime etc… Ces expériences sont universelles. Tout le monde, quelque soit sa culture, sa richesse, sa position sociale, a rencontré ou rencontrera ces situations. Ainsi la souffrance est une expérience commune à tous les hommes. Personne ne lui échappe.

Pour autant peut-on affirmer que tout est souffrance ? C’est ici qu’intervient le deuxième aspect de cette première Noble Vérité.

 La souffrance liée à l’impermanence

Pour le bouddhisme, l’impermanence est une caractéristique fondamentale du monde. Tout est impermanent et l’impermanence est une cause de souffrance, de dukkha. L’impermanence implique qu’il y a dans chaque moment heureux un fond d’amertume lié au fait que nous savons qu’il va se terminer, qu’il n’est pas permanent.

Prenons un exemple : Lorsqu’on nous présente différents mets dans notre assiette, on aura tendance à terminer par celui que l’on préfère. On sait en effet qu’une fois commencé, cet instant de bonheur gustatif ne durera pas éternellement. Ainsi, retarder le début de cette dégustation, c’est en retarder la fin. Une fois commencée, au plaisir gustatif se mêle la souffrance qui grandit au fur et à mesure que la fin se rapproche. Plus le met est bon, plus on souhaiterait que ce moment se prolonge, et plus la souffrance liée à sa fin est grande.

Nous voudrions que nos moments de bonheur soient éternels, mais ils sont éphémères et laissent place inévitablement à des moments plus douloureux. L’impermanence de ces instants heureux est une source de souffrance et plus nous les souhaiterions permanents plus grande est notre souffrance. Denis Gira, professeur de bouddhologie à l’I.S.T.R.1 écrit :

« Les moments les plus heureux de notre vie ressemblent ainsi à de l’eau de source que nous essaierions de prendre dans nos mains mais qui nous coulerait entre les doigts, tomberait par terre et se transformerait en boue sous nos yeux. »2

 La souffrance liée à l’état conditionné

Pour le bouddhisme, il n’existe pas d’âme, pas de « soi », nous ne sommes que la combinaison de forces ou d’énergies physiques en perpétuels changements. Ces éléments qui nous composent sont les cinq agrégats dont parle le Bouddha à la fin de l’énoncé de la première Noble Vérité.

La combinaison de ces agrégats nous donne l’illusion d’un soi, l’illusion qu’il existe en nous un « je » qui pense et qui agit.

Les pensées ne sont pas les créations libres d’une âme. Il n’existe pas de créations ex nihilo. Les pensées sont le produit, le résultat de l’interaction de divers éléments. Elles sont des phénomènes comme les autres avec des causes et des conséquences. Il n’y a pas de soi créateur de pensées. Pour reprendre une terminologie bouddhiste tout est conditionné et conditionnera à son tour, c’est l’état conditionné.

Cette doctrine du non-soi se nomme l’anâtman (en sanscrit) par opposition à l’âtman de l’hindouisme qui postule l’existence d’une âme, d’un soi (Cf. L’âtman, le régisseur interne).

Nous sommes comme des vagues à la surface de l’océan. Une vague est la combinaison à un instant donné de l’eau, du vent et du courant, mais elle n’a pas d’existence propre, de soi. L’illusion serait pour ces vagues de croire en une individualité propre.

Cette illusion est une cause de souffrance. Au-delà de la souffrance ordinaire liée aux frictions inévitables entre ces fausses individualités, cette illusion est la source d’un mal-être existentiel. Le décalage entre la réalité et l’illusion que nous avons d’exister génère un mal-être parfois à peine perceptible mais qui tapisse nos vies comme un bruit de fond, une agitation intérieure. Ce mal-être est comme un grain de sable dans les rouages de nos vies, un grain de sable qui nous empêche de vivre un bonheur parfait tant que l’on se maintient dans l’illusion d’exister.

Le mahayana (grand véhicule)
Le theravada (petit véhicule)