Mahomet

Commençons par brièvement résumer la vie du Prophète :

Mahomet est né en 570 à La Mecque, en Arabie. A quarante ans Mahomet voit l’ange Gabriel. A partir de cette première rencontre et jusqu’à sa mort, Mahomet recevra régulièrement la visite de l’ange qui lui montrera à chaque fois quelques versets que le Prophète récitera à ses compagnons. L’ensemble des versets « descendus » par l’ange constitue le Coran.

Le prosélytisme actif de Mahomet va être mal reçu par les mecquois qui vont obliger le Prophète et ses compagnons à fuir la Mecque et à se réfugier à Médine. A Médine, Mahomet va constituer une armée et envahir la Mecque.

Il existe aujourd’hui, dans le commerce, de nombreuses biographies de Mahomet, mais certaines de ces biographies déforment de manière outrageuse la vie du Prophète. En effet elles tendent à faire de Mahomet un homme pacifique qui fût acculé à monter une armée pour se défendre contre les arabes mecquois polythéistes. Ce n’est pas ce qui est écrit dans la sira.

« Sira » est le nom que l’on donne aux biographies « canoniques » du Prophète. Elles s’appuient directement sur les témoignages des compagnons du Prophète. Celle qui fait référence, est celle de Ibn Ishaq, né en 55 de l’Hégire, reprise par Ibn Hichâm un siècle plus tard. C’est la plus ancienne et la plus complète des biographies du Prophète, celle sur laquelle toutes les études sur Mahomet s’appuient.

Il existe depuis peu des traductions de la sira d’Ibn Hicham. Les deux que l’on peut trouver dans le commerce sont celle de Wahib Atallah, et celle de ‘Abdurrahmân Badawî.1

C’est sur la sira d’Ibn Ishaq reprise par Ibn Hichâm que nous allons directement nous appuyer.

La Mecque

A l’époque du Prophète, la Mecque est une ville où cohabitent des arabes appartenant à divers cultes. De nombreuses biographies tendent à faire de Mahomet un mystique harcelé avec ses premiers disciples par les arabes mecquois, ce n’est pas exactement ce qui est écrit dans la sira :

« Quant l’Envoyé d’Allah commença d’inviter son peuple publiquement à embrasser l’islam, comme Dieu le lui avait ordonné, son peuple ne le repoussa pas (…) (Ils ne le firent) que quand il mentionna leurs dieux et les dénigra. Lorsqu’il fit cela, ils se sont opposés à lui, et furent unanimes à le contredire et à devenir ses ennemis. »2

Autrement dit ce n’est pas le prosélytisme du Prophète qui gêne les mecquois mais ses critiques vis-à-vis de leurs dieux.

Mahomet est sous la protection de son oncle Abû Tâlib qui est un important notable mecquois. Suite aux insultes de Mahomet vis-à-vis des autres cultes, les notables mecquois vont voir l’oncle du Prophète pour tenter de régler le problème et faire en sorte que Mahomet arrête d’insulter leurs dieux :

« Abû Tâlib, ton neveu a insulté nos divinités, condamné notre religion et accusé d’erreur nos ancêtre. Qu’il cesse cette provocation ou bien laisse-nous régler nos comptes avec lui. »3

Son oncle renvoie amicalement les notables. Les visites de l’ange Gabriel à Mahomet se poursuivent. Fidèle aux versets successifs descendus par l’ange, le Prophète continue son prosélytisme actif mais aussi à dénigrer les autres cultes. Ne pouvant atteindre directement Mahomet les notables mecquois s’unissent pour empêcher la propagation de l’islam. Ils tentent de dissuader, par la force si nécessaire, quiconque de se convertir à l’islam. Cette répression engendre plusieurs morts.

A plusieurs reprises les notables tentent des compromis avec Mahomet, mais ce dernier se montre inflexible. La dernière tentative de réconciliation se situe avant la mort de l’oncle du Prophète :

« Tu connais aussi la difficulté de notre relation avec ton neveu (Mahomet). Nous sommes disposés avec ton aide, à conclure avec lui un compromis : qu’il nous laisse tranquilles dans notre religion et nous ne lui chercherons plus querelle dans la sienne. Abû Tâlib fit venir Muhammad. »4

Mahomet refuse encore toute forme de compromis. Il dit aux notables qu’il arrêtera de leur chercher querelle qu’à partir du moment où ils se seront convertis à l’islam. A la Mecque Mahomet ne fait pas usage des armes contre les mecquois qui mettent à mort plusieurs musulmans. Néanmoins, suite à ce que nous venons de voir on comprend que Mahomet n’est pas une simple victime de la répression des méchants mecquois mais qu’il a une part de responsabilité dans l’hostilité des mecquois à son égare.

Le Prophète fait une alliance avec les habitants d’une autre ville, Médine. Lorsque les mecquois apprennent cette alliance ils ont peur que le Prophète monte une armée avec les médinois pour les combattre, ils intensifient alors leur répression, imposant aux mecquois musulmans de partir à Médine :

« Lorsque les Quraych (les mecquois) virent que Muhammad avait des partisans et des alliés en dehors de la Mecque, ils se méfièrent de lui, craignant qu’il n’allât à Médine et que, de cette ville, ne leur fît la guerre. »5

L’histoire donnera raison aux mecquois puisque c’est précisément ce que le Prophète s’apprête à faire.

Explications

1 ATALLAH Wahib, Mahomet, Paris, éditions Fayard, 2004.
BADAWI ‘Abdurrahmân, Muhammad, Beyrouth, éditions Al-Bouraq, 2001, 2 tomes.
Les deux traducteurs ont choisi des options différentes. ‘Abdurrahmân Badawî a réalisé une traduction littérale et intégrale du texte d’ Ibn Ishaq. Elle est constituée de deux tomes. Elle permet d’avoir la totalité du texte d’origine, mais sa lecture n’est pas très aisée et le français parfois un peu chaotique. Wahib Atallah a pris une autre option. Il a retiré certains passages pour alléger le texte, sans que cela n’altère le sens de la biographie originale. Par exemple avant chaque paragraphe, on retrouve dans la sira la liste des personnes qui se sont transmises l’événement relaté, allant du témoin oculaire jusqu’à Ibn Ishaq. ‘Abdurrahmân Badawî reprend systématiquement les noms de ces transmetteurs alors que Wahib Atallah les supprime.
2 BADAWI ‘Abdurrahmân, tome 1, p. 199.
3 ATALLAH Wahib, p. 89.
4 Ibid, pp. 149-150.
5 Ibid, p. 171.

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