Les sources de l’islam

L’héritage juif et chrétien

Pour les musulmans, au cours de l’histoire qui les a précédés, Dieu a fait « descendre » sur des hommes, sa parole. Ces hommes, élus par Dieu, étaient des prophètes. Ces prophètes sont d’une part des personnages bibliques, qui n’étaient d’ailleurs pas tous prophètes dans la Bible, comme Adam ou Jésus ; mais aussi d’autres personnes, arabes, non bibliques tel que Sâlih, Shu’ayb ou Hûd. Tous ces prophètes ont reçu de Dieu des livres, contenant sa parole dans un état de perfection absolue auxquels les musulmans sont appelés à croire :

« Dis : Nous croyons en Dieu, à ce qu’il nous a envoyé, à ce qu’il a révélé à Abraham, Ismaël, Jacob, et aux douze tribus ; nous croyons aux livres saints que Moïse, Jésus et les prophètes ont reçus du ciel »1

Mais il s’est avéré, au fil des années, que ces livres ont été malmenés, déformés, corrompus par les croyants qui étaient chargés de les conserver :

« Quelques-uns d’entre vous (juifs et chrétiens) torturent les paroles des Écritures (…). Ils disent : “ Ceci vient de Dieu. ” Non cela ne vient point de Dieu. Ils prêtent sciemment des mensonges à Dieu. »2

Par exemple l’un des reproches fait par les musulmans aux chrétiens c’est d’avoir sciemment retiré de la Bible des passages, notamment ceux annonçant la venue future de Mahomet :

« Nous avons aussi accepté l’alliance de ceux qui se disent chrétiens ; mais ceux-là aussi (n’)ont publié (qu’)une partie de nos signes (…) Ô vous qui avez reçu les Écritures ! Notre envoyé (Mahomet) vous a indiqué beaucoup de passages que vous cachiez. »3

Néanmoins pour les musulmans, il reste un passage dans l’évangile de saint Jean qui annonce cette venue du Prophète, de Mahomet :

« Parmi ce qui m’a été communiqué au sujet de ce que Jésus, fils de Marie, avait affirmé, dans l’Évangile qu’il avait reçu de Dieu pour (le proclamer aux) partisans de l’Évangile, concernant l’Envoyé d’Allâh, il y a ceci, tiré de ce que l’apôtre Jean avait consigné par écrit : (…)

“ Lorsque viendra Al-Munhamanna (Mahomet), que Dieu vous enverra d’auprès du Seigneur, et l’Esprit de justice qui a procédé d’auprès du Seigneur, il rendra témoignage de moi, et vous aussi car depuis l’éternité vous étiez avec moi ” ».4

Voici ce qui est écrit dans l’évangile de saint Jean :

« Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra lui-même témoignage de moi ; et à votre tour, vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. »5

Pour les chrétiens, le Paraclet dont Jésus parle, c’est l’Esprit-Saint, qui se manifestera juste après la mort du Christ à la Pentecôte. D’ailleurs dans le chapitre précédant de l’évangile de saint Jean, le Paraclet est explicitement nommé comme étant l’Esprit-Saint : « le Paraclet, l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom. »6 Mais pour les musulmans le Paraclet c’est Mahomet, annoncé dans l’Évangile.

Il y a ainsi une ambivalence dans le Coran ; d’un côté Allah reconnaît dans les juifs et les chrétiens des disciples qui se soumettent à sa parole ; et d’un autre côté, il voit dans les juifs et les chrétiens des infidèles qui non seulement ont déformé sa parole, mais qui en plus persistent dans l’erreur.

2 – Le Coran

Comme nous venons de le voir, les musulmans pensent que les juifs et les chrétiens ont reçu la parole de Dieu, mais au cours des siècles ils l’ont déformée. Les livres originaux ont été définitivement perdus. Au VIIe siècle, afin de remédier à cette situation, Allah fit descendre une ultime fois sa parole. Il redonna aux hommes le message divin dans sa pureté originelle. Le Coran est cette ultime descente de la parole d’Allah. Il restaure et accomplit la parole de Dieu.

Le Coran est le Verbe de Dieu. Il est la parole directe de Dieu. Ce n’est pas l’expérience que Mahomet a faite de Dieu, au sens où Mahomet aurait retranscrit avec ses mots et sa culture une expérience mystique ; les mots utilisés par le Coran sont les mots mêmes de Dieu. Ainsi l’arabe est la langue que Dieu a choisie pour s’exprimer. D’ailleurs le Coran constitue la norme, l’étalon de l’arabe dit littéraire.

Le Coran est divisé en 114 chapitres, appelés sourates, elles-mêmes divisées en versets. La lecture du Coran peut décontenancer, car il n’y a pas de suite logique ni dans les sourates, ni dans les versets d’une même sourate. Les sourates ne sont pas classées chronologiquement, selon le moment auquel elles ont été révélées à Mahomet. Elles ont été classées selon leur longueur. Les plus longues étant au début du Coran et les plus courtes à la fin. Exception faite de la première sourate, nommée à juste titre « le prologue ».

3 – La sira, le hadith et la sunna

Il n’y a que peu de récit dans le Coran. Ainsi on ne trouve pas dans le Coran la vie de Mahomet. Les éléments de la vie de Mahomet n’y sont évoqués que de manière purement allusive. Il n’en demeure pas moins que la vie du Prophète, a dès le début eu pour les musulmans une grande importance. Mahomet, au-delà de son rôle d’intermédiaire entre Allah et les hommes, a été considéré par les musulmans comme le disciple idéal d’Allah, comme la mise en application parfaite de la parole de Dieu. Ainsi tout musulman est invité à l’imiter dans ses moindres faits et gestes, dans sa manière d’agir, de parler, de se vêtir, de prier, de manger, de boire…

« Vous avez un excellent exemple dans votre prophète ; un exemple pour tous ceux qui espèrent en Dieu et croient au jour dernier. »7

« Celui qui obéit au Prophète, obéit à Dieu. »8

La vie de Mahomet est reprise dans deux corpus ; la sira et le hadith. Ces deux corpus relèvent du même principe, certaines personnes estiment d’ailleurs que la sira fait partie du hadith. Il s’agit du témoignage des compagnons du Prophète sur ce qu’il a dit ou fait. Chaque parole ou chaque acte du Prophète est précédé des noms des personnes qui se l’ont transmis oralement, allant du témoin oculaire de la scène jusqu’à celui qui l’a mis par écrit.

Qu’est ce qui distingue la sira du hadith ? La sira reprend l’histoire du Prophète et de la communauté musulmane naissante. On y relate plus la succession des faits que les paroles à proprement parler de Mahomet. La plus connue et la plus ancienne est la sira d’Ibn Ishaq (VIIIe siècle), reprise par Ibn Hichâm un siècle plus tard. Mais il y a aussi celle de Tabarî (Xe siècle) ou encore celle d’Ibn Kathîr (XIVe siècle).

Un hadith est une parole ou un acte du Prophète précédé de la liste des personnes qui se l’ont transmise. Chaque hadith fait au plus quelques lignes. Le hadith est constitué de l’ensemble des hadiths. Contrairement à la sira il ne s’agit pas d’un récit, mais d’un recueil de paroles, sans suite logique, qui pour la grande majorité induit une règlementation.

Tous les hadiths n’ont pas la même valeur. Au début de l’ère musulmane, certains individus ont inventé des hadiths pour justifier ou appuyer certaines de leurs actions. Au IXe siècle, les hadiths ont été séparés en différents groupes : les authentiques, les douteux et les faux. La valeur d’un hadith ne dépend pas de son contenu mais de la fiabilité de la chaîne des personnes qui se l’ont transmis.

La sunna est la Tradition issue du Prophète, c’est la pratique normative déduite du hadith et de la sira.

4 – La charia et le fiqh

Le Coran et la sunna constituent le socle de base des fondements de l’islam. Le fiqh, le droit islamique, constitue la dernière source scripturaire de l’islam. Il vise à interpréter, expliciter la loi contenue dans le Coran et la Sunna. Il s’agit d’une jurisprudence.9

La charia, la Loi, n’est pas constituée de textes supplémentaires mais de l’ensemble des éléments légalistes présents dans les sources scripturaires de l’islam (Coran, hadith, sira, fiqh). Elle est un axe de lecture particulier des écrits musulmans. Elle détermine ce qui est interdit, permis ou obligatoire de faire pour un musulman à travers ce qui est écrit dans les sources de l’islam.

Le Coran, le hadith, la sira et le fiqh sont les sources scripturaires de l’islam. Le Coran est la parole divine pure, le hadith, la sira et le fiqh constituent l’écho de cette parole divine dans notre monde. Ils approfondissent, précisent, déclinent la parole d’Allah, afin que cette dernière s’exprime en plénitude dans l’humanité.

Explications

1 Coran (III, 84 ; trad.k. III, 78)
trad. k. : signifie traduction de Kasimirski. Il s’agit de la première traduction en français du Coran. Elle date de 1840. Elle a été enrichie par la suite, et reste aujourd’hui une des traductions les plus diffusées. Il faut noter que cette traduction comporte des écarts dans la numérotation des versets avec les traductions faites ultérieurement. Afin que le lecteur puisse aisément retrouver les versets cités les deux références sont systématiquement mentionnées, la première référence étant celle des autres traductions, et la seconde celle utilisée par Kasimirski.
2 Coran (III, 78 ; trad.k. III, 72)
3 Coran (V, 14-15 ; trad.k. V, 17-18)
4 Sira (IBN ISHAQ, Sira Al-Rasûl, trad. ‘Abdurrhmân Badawî, Muhammad, Beyrouth, éditions Al-Bouraq, 2001, tome 1, p. 179.)
5 Bible (Jn 15, 26)
6 Bible (Jn 14, 25)
7 Coran (XXXIII, 21 ; trad.k. XXXIII, 21)
8 Coran (IV, 80 ; trad.k. IV, 82)
9 Dans le monde sunnite, il existe quatre écoles de jurisprudence : malékite, hanéfite, chafiite, hanbalite.

Le mahayana (grand véhicule)
Le theravada (petit véhicule)