L’Évangile

Une nouvelle échelle de valeur

Maurice Zundel, théologien et mystique, ami du pape Paul VI, nous introduit ici à l’Évangile :

« L’an dernier à Louksor et à Karnak, je voyais les statues colossales des Pharaons, ces Pharaons dont l’effigie (…) veut donner l’impression d’une puissance divine. Le Pharaon dominant son peuple qui n’est que poussière sous ses pieds.

C’est ainsi que l’humanité a conçu la grandeur. L’humanité n’a jamais pu comprendre autrement la grandeur que sous la forme de la domination. Le plus grand, c’est celui qui écrase, qui a des sujets, qui commande et exige d’être obéi. (…)

Mais si le Pharaon est Dieu, Dieu est un Pharaon. Cette image de la grandeur divine va traverser l’Histoire. Dieu apparaîtra (…) comme le maître absolu devant lequel nous ne sommes que néants, celui qui peut nous imposer son joug et nous châtier des derniers châtiments si nous nous soustrayons à sa volonté. (…).

À cette échelle des valeurs fondée sur la domination, sur l’écrasement de la fragilité humaine par la puissance divine, selon l’image que les hommes étaient alors capables de construire, l’Évangile oppose une nouvelle échelle de valeurs, incroyable, merveilleuse et dont nous n’avons pas encore commencé à comprendre la portée. »1

Nous allons donc dans un premier temps essayer de comprendre quelle est cette nouvelle échelle de valeur.

L’amour évangélique

Nous commençons notre parcours avec cet enseignement du Christ :

« Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent (…). Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? (…) Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? (…) Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. »2

Le mot amour a en français de multiples sens, cet enseignement de Jésus permet de préciser le sens de l’amour évangélique. L’amour évangélique n’est pas un sentiment. Un sentiment se porte sur certaines personnes et en écarte d’autres. L’amour évangélique ne sélectionne pas, il respecte profondément chaque être humain. L’amour évangélique ne juge pas l’autre à la relation qu’il entretien avec nous. Pour le dire autrement l’amour évangélique n’aime pas pour être aimé, n’aime pas parce qu’il est aimé, mais aime malgré l’indifférence de l’autre, aime malgré l’hostilité. Il invite sans cesse à un décentrement. L’amour évangélique n’est pas un sentiment, c’est une manière d’être au monde, une façon d’habiter le monde. C’est un regard particulier posé sur tout homme.

Jésus ajoute : aimez comme cela et « vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». Ainsi être parfait c’est aimer véritablement, être parfait c’est ressembler à Dieu qui aime véritablement. La grandeur ne consiste pas à dominer mais à aimer.

La Nouvelle Alliance

La Première Alliance était fondée sur une obéissance à la Loi. Jésus invite à une « Nouvelle Alliance » fondée sur l’amour. Il appelle à dépasser la lettre de la Loi pour en retrouver l’Esprit (Cf. La Loi, une propédeutique à l’amour). La posture qu’il prend vis-à-vis de la Loi va lui valoir l’hostilité des autorités religieuses de l’époque, et le conduire à la croix.

L’Église, corps du Christ
Devenir fils de Dieu