2ème Noble Vérité : l’origine de la souffrance

L’énoncé par le Bouddha de la deuxième Noble Vérité est le suivant :

« Voici, ô moines, la Noble Vérité sur l’origine de la souffrance. C’est le soir de renaître, avec son cortège d’envies et de convoitises cherchant à s’ouvrir tantôt ici tantôt là. C’est la soif des plaisirs des sens, la soif du devenir et la soif du non-devenir. »

La soif

La « soif » est à l’origine de la souffrance. La soif étant comprise comme le désir, l’attachement aux choses et aux idées. Walpola Rahula, moine bouddhiste du theravada écrit à ce propos :

« Le terme « soif » comprend non seulement le désir et l’attachement aux plaisirs des sens, à la richesse, à la puissance, mais aussi l’attachement aux idées, aux idéaux, aux opinions, aux théories, aux conceptions et aux croyances. Selon l’analyse qu’en fait le Bouddha, tous les malheurs, tous les conflits dans le monde, depuis les petites querelles personnelles en famille jusqu’aux grandes guerres entre nations, ont leurs racines dans cette « soif » ».3

Le Karma

La loi karmique est une loi universelle et impersonnelle comme peut l’être la gravité. Elle postule que tout acte volontaire, moralement qualifiable, connaîtra dans un temps plus ou moins différé sa juste rétribution. Autrement dit, un acte positif aura des retombées positives sur son auteur, et inversement un acte négatif aura des conséquences négatives.

Par exemple mentir pour obtenir une promotion professionnelle pourrait avoir pour conséquence de se faire cambrioler sa maison.

Tout ce qui nous arrive de positif ou de négatif est la conséquence d’actes que nous avons commis.

La soif constitue l’énergie karmique. C’est le désir qui porte l’acte qui constitue l’énergie de cet acte. Plus le désir est grand plus l’énergie générée est importante et plus les conséquences seront grandes. Un acte involontaire, un acte dépourvu de désir ne génère pas de Karma.

Cette énergie s’accumule au fur et à mesure des actes réalisés, et elle doit, selon la loi karmique, se libérer. En se libérant elle engendre des conséquences sur l’auteur des actes.

Si au moment de la mort, toute l’énergie karmique ne s’est pas libérée, elle va engendrer une renaissance. Cette nouvelle vie endurera les conséquences liées à la libération de l’énergie accumulée dans les vies antérieures, elle pourra elle aussi réaliser de nouveaux actes volontaires et accumuler à nouveau de l’énergie karmique. (Pour plus de détails sur le Karma, voir Karma et renaissances)

Qu’est-ce qui renaît ?

Nous avons vu avec la première Noble Vérité qu’il n’existe pas d’âme, de soi dans le bouddhisme, que nous ne sommes que la combinaison de cinq agrégats en constante évolution. On peut alors légitimement s’interroger sur ce qui renaît.

En effet, si nous ne sommes rien de plus que des vagues à la surface de l’eau, si « je » n’existe pas, si « je » n’est qu’une illusion générée par la combinaison d’éléments en constante évolution alors qu’est-ce qui renaît ? Qui va porter les conséquences des actes commis dans les vies antérieures ?

Comme nous venons de le voir, c’est l’énergie accumulée par les actes qui va engendrer une renaissance. L’énergie est ce qui soude les agrégats ensemble. Cette énergie colore, en quelque sorte, les agrégats. Des actes pervers donneront aux agrégats une coloration particulière. Des actes altruistes donneront une autre couleur. Ainsi, les agrégats gardent la spécificité de la nature des actes accomplis.

Cette énergie s’épuisera un jour en engendrant des conséquences, et les agrégats prendront la couleur des nouveaux actes. Il n’y a donc pas d’âme qui passe de vie en vie mais simplement une combinaison d’énergie qui recherchera une vie lui correspondant. Si les agrégats sont colorés de manière très agressive la nouvelle vie pourra être un tigre par exemple.

La métaphore des bougies magiques permet de mieux appréhender cela.

Les bougies magiques

Les bougies magiques sont celles que l’on utilise parfois pour les anniversaires. Lorsque l’on souffle dessus, la flamme s’éteint puis se rallume toute seule grâce à la cire encore chaude.

Nous sommes comme des bougies magiques : la flamme de la bougie représente un individu, c’est à dire les cinq agrégats. La cire représente l’énergie accumulée par les actes.

Il n’y a pas d’élément permanent dans une flamme, sa forme, sa taille, ses couleurs changent constamment. De plus, la flamme existe grâce au combustible qu’est la cire. De même, les agrégats qui constituent une personne sont en constante évolution. De plus, les agrégats se maintiennent ensemble grâce à l’énergie générée par ses actes passés.

Le passage de vie en vie reviendrait à un souffle qui éteindrait la flamme et que la cire chaude rallumerait. La première flamme était la première vie, et la seconde, la nouvelle vie. Il y a entre ces deux flammes à la fois rupture et continuité : il y a rupture parce qu’il s’agit d’une nouvelle flamme, comme il s’agit d’une nouvelle vie, d’un nouvel être vivant. Il y a continuité parce que l’odeur qui se dégage est la même pour les deux flammes, c’est celle de la cire, celle des actes qui ont été accomplis.

La Roue de la vie

La Roue de la vie détaille (entre autre) le mécanisme qui régit le passage de vie en vie. Ce mécanisme est constitué de douze maillons, douze étapes. Chaque maillon conditionne le suivant et est lui-même conditionné par le précédent. La loi qui lie les maillons entre eux se nomme la Loi de la coproduction conditionnée. Elle s’exprime selon la formule suivante :

« Ceci étant, cela est ; de l’apparition de ceci, cela apparaît »

Illustrant ainsi l’interdépendance de ces maillons. Nous n’allons pas ici rentrer dans le détail des douze étapes, nous ne faisons que les citer :

1 – L’aveuglement
2 – Les constructions mentales
3 – La conscience discriminante
4 – Le nom et la forme
5 – Les six sphères sensorielles
6 – Le contact
7 – La sensation
8 – La soif
9 – L’appropriation
10 – L’action
11 – La naissance
12 – La mort

Cette chaîne est infinie car le 12ème maillon conditionne à son tour l’apparition du 1er, d’où l’appellation de la Roue de la vie. Il s’agit d’un cercle infini dont nous sommes prisonniers. L’enseignement du Bouddha vise à nous permettre de briser ce cercle pour être définitivement libérés et ne plus renaître dans ce monde où tout est dukkha.

Le mahayana (grand véhicule)
Le theravada (petit véhicule)